Innovation Sociale et Territoires 

Le regard de Christine Moebs sur l'innovation sociale et les enjeux du soutien apporté par la Région

Christine Moebs, lors de la rencontre du 29 juin 2017 avec les lauréats de l'AMI, en compagnie de Jacques Le Priol, en charge de la toute nouvelle Direction de l'ESS et de l'innovation sociale

Christine Moebs, conseillère régionale, a succédé en juin dernier à Martine Alcorta, en tant que déléguée à l’innovation sociale pour la région Nouvelle-Aquitaine. La région mène en effet une politique active de soutien à l’innovation sociale qui se traduit par un dispositif désormais pérenne d’appel à manifestation d’intérêt (AMI) intitulé « Soutien à l’expérimentation de projets socialement innovants », dispositif porté par une nouvelle Direction créée en 2016 et totalement dédiée à l’économie sociale et solidaire (ESS) et l’innovation sociale.

Pourquoi est-ce si important pour une région comme la Nouvelle-Aquitaine de s’intéresser à l’innovation sociale et de la soutenir ?

C’est important parce qu’il y a dans les compétences de la Région l’action économique, et parce que certains de mes collègues élus qui m’ont précédée se sont mobilisés pour démontrer l’intérêt de l’économie sociale et solidaire.

La question de l’innovation est ainsi apparue très importante pour essayer de trouver d’autres modèles de développement sur nos territoires – des territoires très différents, avec des personnes et des besoins très différents – et exprimer la volonté de changer les choses, permettre l’émergence d’une autre économie. C’est d’autant plus indispensable que ces dernières années ont montré que l’économie « traditionnelle » n’était pas toujours créatrice d’emploi. L’innovation sociale me paraît donc un bon moyen pour créer de la richesse autrement et la création d’une direction dédiée à l’ESS et l’innovation sociale témoigne de l’intérêt de la Région pour ce type de développement économique. Il y a des passerelles à créer avec ma collègue déléguée à l’innovation technologique et bien sûr mon collègue délégué à l’économie sociale et solidaire.

C’est une chance pour notre grande région d’avoir cette direction et de pouvoir déployer cet appel à manifestation d’intérêt sur toute la Nouvelle-Aquitaine. Nous avons rassemblé il n’y pas très longtemps tous les lauréats et c’est formidable de voir tous ces projets émerger de nos territoires et pouvoir les soutenir dans le cadre de cet AMI.

Qu’a mis en évidence cet appel à manifestation d’intérêt ?

Il a d’abord montré qu’il y avait vraiment un besoin puisqu’on a reçu beaucoup de candidatures avec des projets pertinents.

Ensuite, il a permis, avec la création d’un jury, d’aller au-delà d’une logique de subvention en réunissant le monde de la recherche, la région et les agences de l’innovation plus « classique ». C’est quelque chose de très positif qui nous permet de pouvoir soutenir des projets qui contribuent à montrer qu’on peut construire des modèles économiques autrement.

Nous sommes maintenant dans une phase où, avec environ 80 projets, il va être intéressant de commencer un état des lieux de ce qui marche, de voir comment les projets ont pu se gérer. Il s’agit aussi d’essayer de comprendre pourquoi dans certains cas ça n’avance pas et qu’est-ce qu’on pourrait apporter comme aide aux porteurs de ces projets pour qu’ils réussissent.

Enfin, certains projets – pas tous – pourront être essaimés au niveau de la grande région, ce qui permettra d’irriguer le territoire, notamment les territoires ruraux où c’est plus compliqué, dans une perspective d’équité. Les porteurs de projets étant relativement jeunes et la problématique de certains territoires étant le départ de leurs jeunes, des projets comme ceux-là peuvent aussi permettre à ces territoires de garder leur jeunesse et d’éviter une désertification avec des pyramides des âges déséquilibrées.

Est-ce que la découverte de ces projets constitue une surprise ou bien est-ce que ça correspond à l’idée qu’on se fait des territoires quand on fait le choix de s’engager comme élue territoriale ?

Je pense qu’il y a un peu des deux. Il y a des choses auxquelles on a pu penser et ce qui est intéressant c’est de les voir se concrétiser sur le terrain. Quand on s’engage en politique on a toujours cette envie de faire bouger les choses ; on a un peu d’idées ou des pistes pour y parvenir, mais c’est merveilleux de voir que c’est vraiment possible. Et je pense que c’est aussi une force pour montrer aux citoyens que les idées émises par les élus peuvent se manifester dans des projets concrets et réalisables.

Parfois, il ne manque pas grand-chose et c’est là que le pouvoir politique permet de donner ce petit coup de pouce pour faire émerger des choses. Sans ça, les projets peuvent rester dans les cartons, les gens n’osant pas se lancer parce qu’ils se disent que leur contenu n’étant pas classique, il ne va pas pouvoir sortir. C’est pourquoi je suis très heureuse qu’on puisse les accompagner.

Alors s’il fallait définir en quelques mots l’innovation sociale, qu’est-ce qu’il faudrait dire ?

En quelques mots, c’est compliqué. J’utiliserai ces mots « innovation sociale » puisque ce sont ceux qui sont utilisés, mais il me tarde qu’on puisse trouver une autre expression, parce derrière ces deux mots, il y a plein d’actions.

L’innovation sociale c’est d’abord une autre manière de penser, une autre manière d’envisager les choses, voir les choses autrement pour faire autrement. C’est aussi pouvoir développer des idées qui au final vont contribuer au bien-être des personnes. Et c’est également la transversalité qui manque souvent à nos modes de pensée. L’innovation sociale c’est pour moi un super laboratoire pour démontrer que les choses interagissent les unes avec les autres. Par exemple, mêler la culture avec l’accompagnement de personnes âgées.

J’ai une formation d’ingénieure thermicienne, donc j’ai fait de la recherche appliquée dans un laboratoire, mais je crois que je ne m’étais jamais imaginé qu’on pouvait faire de l’innovation autre que technique. J’ai baigné dans la recherche et pourtant, je ne pensais pas qu’il pouvait y avoir de la recherche qui s’intéresse à ce genre de phénomènes, alors au niveau du grand public, je ne sais pas si on le sait vraiment. Quand on fait de la recherche en sciences dures, on prend une expérience, on fait des mesures, on regarde, on essaye de comprendre, de trouver des formules mathématiques. Donc là, ce que je voudrais voir, c’est comment on part d’une hypothèse, comment on évalue l’action par rapport à cette hypothèse et comment ça se mesure. C’est ce qui m’intrigue beaucoup.

Interview réalisée par Luc Pabœuf le 13 juillet 2017

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